À l’échelle du continent africain, la production de romans policiers reste limitée, du fait du petit nombre d’éditeurs locaux, qui se consacrent surtout à la publication de manuels scolaires, et du coût élevé des livres pour le public. À celà s'ajoute que pour de nombreux auteurs, le genre a longtemps été considéré comme mineur et marginal. Il faut dire que les premiers romans policiers ou surtout d’espionnage introduits à l’époque coloniale par l’intermédiaire des européens ne brillaient ni par leur originalité ni par leurs qualités littéraires. Pour des auteurs qui dans leur grande majorité ont publié après les indépendances intervenues dans les années 1960-1970, écrire des romans « sérieux » était la norme et rares sont ceux qui osèrent franchir le pas. De plus, si l’on passe en revue la production à l’échelle de l’Afrique, des disparités apparaissent selon les pays qui s’expliquent par des facteurs comme la tradition historique, la politique des colonisateurs, l’accès à l’éducation, etc.
Le roman policier africain est surtout connu en France et dans le monde grâce à des auteurs sud-africains écrivant en anglais ou en Afrikaans comme Deon Meyer (13 heures), Roger Smith, Mike Nicol (Power Play), Michèle Rowe (Les enfants du Cap) ou Karin Brynard (Les milices du Kalahari). Parmi les auteurs anglophones, on peut citer les Nigérians Kole Omotoso (Fella's choice) et Leye Adenle (Lagos Lady) et le Ghanéen Kwei Quartey (Epouses et assassins).
La réalité politique et économique post-apartheid et post-coloniale constitue l’épine dorsale de leurs œuvres : démocraties mises à mal, misère et chômage endémiques, corruption, criminalité grandissante, violences urbaines, xénophobie et affrontements ethniques, etc. Souvent engagés sur le plan politique, ces écrivains donnent à voir la réalité sociale du continent.
Ces thèmes sont largement pricilégiés, y compris par des auteurs plus connus pour leur œuvre « littéraire ». Ainsi, pour les francophones, le Camerounais Mongo Beti qui, dans Trop de soleil tue l’amour raconte les mésaventures d’un jeune journaliste idéaliste enquêtant sur la déforestation et les spoliations foncières dont sont victimes des communautés villageoises. Ou dans Les naufragés de l’intelligence, un roman « N’zassa d’un genre sans genre » dans lequel Jean-Marie Adiaffi aborde de façon percutante, à travers la traque de criminels, le thème de la lutte contre la misère et la corruption en Côte d'Ivoire ou dans Kaveena où Boubacar Boris Diop traite des luttes de pouvoir au Sénégal sur fond de crime rituels
À côté de ces grandes plumes, l'on trouve d'autres noms comme, au milieu des années 80, le Malien Modibo Sounkalo Keita (L’archer Bassari) et le Camerounais Simon Njami (Cercueil et Cie). Mais il faut attendre le début des années 90 pour que Moussa Konaté (lui aussi Malien), Abasse Ndione (La vie en spirale, qui aura les honneurs de la Série noire, et Ramata) ou Asse Guèye (No woman no cry), tous les deux Sénégalais, se fassent connaître d’un lectorat moins confidentiel.
Sont venus ensuite les Zaïrois Désiré Bolya Baenga, auteur de deux romans « ethnologiques », La polyandre et Les cocus posthumes et Achille F. Ngoye, dont Agence Black Bafoussa, Sorcellerie à bout portant, Ballet noir à Château-Rouge ont été publiés dans la Série noire. Ces romans, tout comme Cercueil et Ce de Simon Njami, ont pour cadre les lieux où vit en Europe, surtout à Paris, la communauté africaine.
La relève est aujourd'hui assurée par Janis Otsiemi dont les personnages peuplent les quartiers chics ou informels de Libreville et qui n'hésite pas à mettre en avant dans African tabloïd ou Le festin de l’aube la corruption et les errements de la société gabonaise. Egalement par Florent Couao-Zotti qui, après Notre pain de chaque nuit, fait de Cotonou – « ville déglinguée pour des vies déglinguées » – le décor de La traque de la musaraigne, entre roman d’initiation et road-movie échevelé en Afrique de l’Ouest. A signaler aussi la littérature francophone d'Afrique du Nord avec Yasmina Khadra (Qu'attendent les singes) et Driss Chraïbi (L'homme qui venait du passé) et, parmi les nouveaux auteurs, le Ghanéen Mamady Koulibaly (Le tueur en série de la cité perdue) et l'Ivoirien Khioud Sakanoko (Dans les griffes du Cartel).
Enfin, il faut aussi faire une part aux lusophones avec les Angolais Pepetela (Jaime Bunda, agent secret) et Jose Eduardo Agualusa (La guerre des anges) et, au Mozanbique, Mia Couto (Le dernier vol du flamant) et Lilia Momplé (Neighbours).