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Toute le monde court après tout le monde dans La traque de la musaraigne : Jésus Light court après Pamela, qui, après avoir changé de nom, court après Stéphane qui, lui, court après sa « verticalité intérieure » … Ce roman noir qui n’est pas vraiment un roman policier - pas d'enquête, pas de mort, pas de flic – raconte les aventures (ou plutôt les mésaventures) africaines d’un Breton un peu poète et pas mal paumé, égaré entre Porto Novo et Cotonou. Entre Béninoises (en pagne ou en bouteille), Objets Voyous Non Identifiés, Français à la « la tropicalité dans les os » et femmes aussi fatales que vénales, Stéphane Néguirec, qui se veut un homme aux « semelles de vent » sans jamais parvenir à l’être, va son chemin, pas très droit, une errance plus ou moins désirée, semé d’embûches et ponctué de quelques raclées.  

« La moto gigotait sur la piste jaune de la Route des Pêches. Sur les quatre kilomètres qui séparaient le Calvaire du village des pêcheurs, le chemin était loin d'être un long fleuve tranquille. Nids de poule, tranchées de voyous, baignoires de crocodile, tous les trous se succédaient avec autant de variété que de régularité. » © Jigal, 2017.

De zem en fula-fula, de 505 Peugeot en 4x4, Stéphane trouvera sur sa route des personnages pittoresques (picaresques), petites gens et grands cœurs mais aussi braqueurs de banques ghanéens et terroristes islamistes en quête d’occidentaux monnayables sur le marché des otages. Car si les personnages principaux, on n’ose parler de héros1, de La traque de la musaraigne sont de doux paumés, des femmes et des hommes en quête de rédemption qui n'attendent qu’un petit signe pour se lancer dans une nouvelle vie, ceux qui les poursuivent sont prêts à tout.

Très divertissant, servi par un bon rythme - même si celui-ci se relâche un peu entre un début tonitruant et une fin haletante – et des protagonistes attachants bien que manquant parfois d’épaisseur, La traque de la musaraigne dresse aussi par petites touches un portrait sévère du Bénin : corruption à tous les niveaux, sexe et prostitution, argent facile et trafics divers.

Florent Couao-Zotti, journaliste et écrivain, compose depuis plusieurs années une œuvre variée : un recueil de nouvelles, L'homme dit fou et la mauvaise foi des hommes (2000), qui plonge au plus profond de la société béninoise, deux autres romans noirs, Le cantique des cannibales (2005) et Si la cour du mouton est sale, ce n'est pas au cochon de le dire (2010), et même à un western béninois, Western tchoukoutou (2018). Son œuvre repose sur une écriture très imagée dans laquelle se télescopent le meilleur français, un argot parfois très cru, des expressions locales et des proverbes ou adages personnels. Cela donne une langue riche et truculente, souvent empruntée au glossaire de la rue, qui rend à merveille l’ambiance de la ville et la personnalité des personnages qui se pressent dans ses romans.


1. A l’exception de Pamela/ Déborah, la jeune ghanéenne en cavale après avoir fauché à ses complices l'argent d'un casse, qui fait preuve d’un solide culot et d’une belle vivacité et dont Florent Couao-zotti dresse un beau portrait.

COUO-ZOTTI Florent (2017), La traque de la musaraigne, Marseille, Jigal.

Tag(s) : #Bénin, #Romans en français, #Afrique de l'Ouest

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