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Ballet noir à Château-rouge raconte l’histoire de Kalogun, un détective au service du Groupe panafricain d'action et d’assistance, chargé de traquer les abus dont sont victimes les Africains en France et de faire valoir les droits de ceux qui n’en ont pas. Kalogun est chargé de rechercher et de protéger Djeli Diawara, un Malien disparu dans Paris suite à la perte de son précieux mais faux titre de séjour, d’une bande qui ne verrait que des avantages à ce qu’il ne dévoile pas sa filière : « hauts d’en haut » de la préfecture, policiers ripoux et intermédiaires africains…. D’autant plus que Diawara et d’autres dans une situation semblable se sont fait connaître par le Mouvement des sans-papiers.

Loin de l’Afrique, Kalogun plonge dans le 18e arrondissement, station de métro Château-Rouge, au cœur du microcosme franco-africain de Paris, avec ses boutiques d’alimentation et ses boucheries halal, ses magasins de vêtements, ses coiffeurs, ses cafés et restaurants et une faune locale pittoresque aux activités parfois à la limite de la légalité : dealers, maquereaux et leurs fleurs de trottoirs, vendeurs de cartes téléphoniques et de titres de transports à la sauvette, marabouts, etc.

Convaincu de la légitimité de sa mission, Kalogun fonce et ne se pose pas trop de questions sur les moyens utilisés : les coups pleuvent et les cadavres s’amoncellent. Car le microsome est aussi un marigot et bien malin qui peut dire comment cela va finir. Surtout quand il faut faire face à deux fronts : lutter contre la bande et échapper à la police.

Ballet noir à Château-rouge, troisième roman d’Achille Ngoye publié dans la Série Noire après Agence Black Bafoussa (1996) et Sorcellerie à bout portant (1998) est un vrai roman noir, du noir le plus noir. Comme dans les meilleurs exemples du genre, on y retrouve un détective, seul face à des adversaires dangereux et sans états d’âme quand il s’agit de protéger leurs trafics, mais pouvant s’appuyer sur des femmes et des hommes, alliés de fortune, comme Amina, prostituée :

« Sa carrosserie magnifiait la toute-puissance des dieux ashanti, suggérait le sex-appeal, attirait le fric. »

ou Sow Gandja, petit dealer qui s’exprime dans le verlan le plus pur :

« Au Makoumba, on businesse sur le même bureau mon paincon et moi, question de ne pas déboussoler les clients. Dès qu’on raboule, je scotche le brelica sous le reaubu. On ne sait maija avec les starskys. »

Tout cela donne un roman débridé, riche en rebondissements et événements violents – assassinats, tortures, incendies criminels… – dans lequel le lecteur se perd parfois un peu. D’abord parce que l’histoire aux nombreuses ramifications est plutôt complexe pour les non-familiers du quartier de Château-Rouge et des individus qui le fréquentent. Peut-être surtout parce que la langue qu’utilise Achille Ngoye est si imagée et puise avec tant de bonheur dans les registres les plus divers – argot, verlan, expressions africaines… – que l’on se laisse emporter par le lyrisme et l’humour au détriment de l’attention que l’on porte aux péripéties de l’enquête de Kalogun.

« Métro Château-Rouge. Le regard valsant du décor à la Tissot de contrefaçon, Kalogun eut l’impression que les aiguilles de sa montre n’avançaient pas. Vingt heures trente, trop tôt pour son rencard. Sur l’autre trottoir, adossées à la vitrine d’un magasin, quatre vieilles gloires maghrébines proposaient leurs charmes discutables, à des tarifs certainement discutables, aux déracinés en mal de trinquer du nombril. »

Quoiqu’il en soit, l’intrigue de Ballet noir à Château-Rouge reste finalement prenante et, en dépit de scènes barbares qui sont la marque du roman noir, on se laisse attendrir par des personnages qui, chacun à leur façon, essaient de survivre dans un environnement où personne ne les ménage, que ce soit les « toubabs » ou les membres de leurs propres communautés.

NGOYE Achille F. (2001), Ballet noir à Château-Rouge, Gallimard, coll. « Série noire ».

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Tag(s) : #Congo (RDC), #Romans en français, #Afrique centrale, #Diaspora

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