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Thriller, roman policier, roman d’espionnage, récit, pamphlet politique, No woman no cry croise tous ces genres. Deux agents spéciaux aguerris, un Français et un Américain, recherchent depuis Dakar un jeune et brillant physicien sénégalais, Bassirou Bèye, dit Bass, qui a refusé les ponts d’or que lui offraient les grands noms de l’industrie mondiale pour se lancer dans le combat contre l’apartheid, l’exclusion et le racisme. Combat qui n’hésite pas à emprunter les méthodes du terrorisme international de l’époque mais qui veut aussi s’appuyer sur une arme bactériologique ciblée qui menacerait la survie de l’Occident.   

« Ce Bassirou Bèye pourrait bien devenir du jour au lendemain à des personnages les plus importants de ce monde. Un monde où, sauf votre respect, Monsieur le ministre, la peau d’un Blanc ne vaudra plus un clou. » © L’Harmattan, 1986

De Dakar à Windhoek en passant par Pretoria et Kingston (pour l’enterrement de Bob Marley), Bass construit et étend ses réseaux au sein des mouvements de lutte contre l’apartheid et de libération nationale. A la fin des années 80, les événements se précipitent en Angola, au Mozambique et en Namibie soutenus par des Cubains sur le terrain et l’Afrique du Sud doit lutter sur plusieurs fronts.  

Plus centré sur le renseignement et la traque informatique – qui montrera vite ses faiblesses – que sur une action débridée, No woman no cry met en scène des personnages qui entrent dans les stéréotypes du roman d’espionnage : un vieil agent de la DGSE française issu des réseaux de la Résistance, son jeune collègue de la CIA spécialiste de gadgets électroniques et d’écoutes en tous genres, une belle danseuse négro-américaine jouant les Mata-Hari, un génie de la physique et ses amis, etc. Mais ce qui pourrait tourner au mauvais pastiche sur fond d’exotisme – les romans d’espionnage du genre OSS 117, Congo à gogo ou SAS broie du noir avaient alors leurs lecteurs en Afrique – prend une autre dimension.. No woman no cry, en dépit de son côté un peu fourre-tout et de considérations politiques très bavardes, est un roman qui ne tombe pas dans la facilité : le discours est précis et argumenté et l’action crédible.  

Le roman date de 1986. La Namibie, dont il est beaucoup question, l’un des tous derniers pays d’Afrique à ne pas avoir accédé à l’indépendance, était sous la férule de Pretoria et soumise à l’apartheid.  Nelson Mandela était encore sur l’île-bagne de Robben Island. D’autres peuples étaient en lutte, en Palestine notamment, et le mouvement des Black Panthers aux Etats-Unis avaient marqué les esprits. Il faut garder cela à l’esprit en lisant No woman no cry, une curiosité littéraire doublée d'un roman réussi. N’oublions pas que les romans policiers ou d’espionnage ayant pour cadre l’Afrique et écrits par des auteurs africains, de surcroît francophones, étaient très peu nombreux dans les années 1980.

GUEYE Asse (1986), No woman no cry, Paris, L'Harmattan, coll. « Polars noirs ».

Tag(s) : #Romans en français, #Sénégal, #Afrique de l'Ouest, #Espionnage

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