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Kalachnikov blues raconte une aventure du commissaire Doré Dynamite, un policier confiné dans des tâches relevant des dérives urbaines et de la petite délinquance, qui va se trouver par hasard face à un groupe préparant une tentative de coup d’Etat en Guinée. L’affaire, qui mêle la corruption, les trafics et les jeux de pouvoir entre élites locales et intérêts étrangers, s’inspire des activités occultes de réseaux politico‑mafieux français cherchant à déstabiliser un Etat nouvellement indépendant tenté par le changement. Car la Guinée que décrit Sunjata1 cherche une voie plus démocratique suite à la disparition de son président – « dictateur, camarade président, homme-peuple, héros de toutes les luttes… » – pendant que certains s’agitent dans l’ombre des bureaux des multinationales et des ministères de la république française pour défendre les intérêts de compagnies forestières et minières. Rappelons que depuis 1959 et les Indépendances, la France du général de Gaulle et de ses successeurs n’a cessé de veiller à maintenir son influence politique et économique sur les nouveaux pays.

Contrairement à des romans dans lesquels des héros luttent contre des tentatives d’ingérences politiques ou économique – Fella’s Choice de Kole Omotoso (Nigeria, 1974), Les archives secrètes du B.S.I. (1976) ou Les disparus d'Abomé de Guy Josué Foumane (Cameroun, 2010) – dans le cadre de services panafricains de contre-espionnage, le commissaire Dynamite se trouve mêlé seul à une affaire qui le dépasse mais qu’il aborde avec courage et sang-froid. Héros malgré lui ou anti-héros, il en tire de substantiels bénéfices et une grande gloire.

Le ton ironique de Kalachnikov blues n’empêche pas Sunjata de bien argumenter son propos en bon connaisseur de la Françafrique. Les personnages qui peuplent le roman, un opposant pressenti pour prendre le pouvoir dont les espoirs seront vite refroidis, quelques nervis (les on « barbouzes » des années 1960) des services parallèles, des directeurs de société sans foi ni loi et même une juge d’instruction, sont bien typés. Cela fait de Kalachnikov blues un roman plaisant à lire même si l’on peut reprocher à l’auteur d’avoir précipité le dénouement en insistant de façon peu légère sur le hapyy end. Ce qui amène le lecteur à se demander s’il a entre les mains une parodie réussie des romans d’espionnage des années 1970 ou bien un roman qui se veut sérieux mais qui aurait gagné à plus de rigueur dans la composition.

1 - Soumaïla Koly, écrivain, rappeur et cinéaste, publie sous le nom de Sunjata ou de Sunjata Koly.

Sunjata, Kalachnikov Blues, La Roque d’Anthéron, Vents d'ailleurs, 2009.

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Tag(s) : #Afrique de l'Ouest, #Guinée, #Romans en français, #Ingérence & déstabilisation
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