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Ancien Marine passé par l’Irak, Jack Burn a trouvé refuge à Cape Town avec sa femme enceinte et son jeune fils suite à un braquage raté dans le Wisconsin. Installé dans un quartier chic, il tente de se faire oublier jusqu'au jour où deux membres d’un gang pénètrent dans la villa et menacent sa famille. Mal leur en prend, car Jack a encore des réactions rapides. Hélas pour lui, leur voiture est restée devant chez lui et Benny Mongrel, ex membre de gang devenu gardien de chantier, a vu les voyous entrer mais pas ressortir. L'incident attire l’attention d’un policier véreux, lui-même surveillé par un agent spécial anti-corruption venu de Johannesburg. À partir de là tout s'emballe, les événements s'enchainent et la violence monte, incontrôlable.
Roger Smith s’inscrit dans la veine du thriller sud-africain ancré dans les Cape Flats, ces quartiers déshérités du Cap aux mains des gangs de métis et gangrénés par le trafic de tik, la prostitution et les règlements de comptes. Un décor brutal, où survivre est déjà une victoire. C’est de là que viennent les hommes que Burn a abattus.
Le roman repose sur une galerie de personnages marqués. Burn, dépassé, agit plus qu’il ne contrôle. Face à lui, Rudi « Gatsby » Barnard, flic corrompu, raciste et brutal, dont la présence poisseuse incarne une police qui peine à se débarrasser de ses vieux démons post-apartheid. À ses trousses, Disaster Zondi, enquêteur zoulou méthodique et rigide chargé de faire le ménage — même si son rôle reste ici trop discret. Et puis Mongrel, silhouette sèche et déterminée, ex-taulard qui tente de rompre avec son passé sans jamais vraiment y parvenir.
Tous avancent vers une issue inévitable, dans un monde où la justice personnelle semble l’emporter sur celle des institutions.
On murmurait aussi qu’un négro, un grand type en costume noir, avait fait le trajet depuis Jo’burg pour démolir Gatsby. Qu’au nord, les gros bonnets ne faisaient pas confiance aux flics du Cap. D’autres juraient avoir vu le négro à l’arrière d’une voiture de flics qui parcouraient les Flats pour délier les langues.
Au début, en vain.
Puis deux ou trois individus courageux, téméraires ou cupides avaient partagé quelques renseignements. Les flics locaux, des métis, posaient les questions. Le négro se contentait d’écouter, les yeux cachés derrière ses lunettes de soleil ; il avait absorbé la conversation comme s’il avait été un buvard.
C’est ainsi que, petit à petit, il avait fallu croire à l’incroyable.
Les jours de Gatsby étaient comptés. (2011, 96-197)
Présenté lors de la parution de Mélanges de sangs en 2009 comme une nouvelle voix du thriller sud-africain, Roger Smith a rapidement conquis un large public. Vite lus, efficaces, ses romans sont de véritables page-turners : des intrigues à suspense bien calibrées, parfaitement dans les codes du genre, qui séduisent sans peine un large lectorat. Thriller honnête, ce premier roman n’a toutefois pas la force évocatrice de Zulu de Caryl Férey, paru un an plus tôt, qui, tout en faisant lui aussi la part belle à la violence, accorde davantage d’importance à l’analyse des maux et des contradictions de la société sud-africaine d’après 1994.
Mélanges de sangs a obtenu le Deutschen Krimi Preis en 2010.
Roger Smith, Mélanges de sangs, trad. fr. de Mixed Blood (2009), Paris, Calmann-Levy, 2011.