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Filles maudites raconte l'histoire d'Eniiyi, une jeune femme nigériane contrainte de se libérer de la malédiction familiale qui pèse sur sa lignée des Falodun et de combattre la croyance tenace dans sa famille qu'elle est la réincarnation de Monife, sa cousine. Sa ressemblance physique troublante avec celle qui s’est suicidée suite à une déception amoureuse et qui a été inhumée le jour même de sa naissance amène en effet ses proches, essentiellement des femmes – mère, tantes, grands-mères –, à croire qu’elle connaîtra le même sort tragique que Monife.
La malédiction remonte au jour lointain où la première épouse a maudit la seconde épouse de son mari, Feranmi Falodun, assurant qu’aucune femme de sa lignée ne pourrait garder un homme. Bien qu’Eniiyi ait été élevée dans cette croyance, elle ne l’accepte pas et elle est persuadée, le jour où elle tombe amoureuse, que le sort sera levé.
Jamais tu ne te porteras bien. Aucun homme ne dira de ta maison qu’elle est son foyer. Et ceux qui s’y risqueront ne connaitront pas la paix. Que tes filles soient maudites : elles courront après les hommes, mais ils leurs glisseront entre les doigts comme de l’eau. Tes petites-filles aimeront en vain. Tes arrière-petites-filles auront beau se démener pour être reconnues, elles n’égaleront jamais les autres femmes. Tes filles, les filles de tes filles et toutes les femmes à venir souffriront à cause des hommes1. (2026 : 31)
En scindant son récit en onze parties selon le point de vue d'Eniiyi, de sa mère Ebun et de sa défunte cousine Monife, toutes trois frappées par la « malédiction de Falodun », Braithwaite construit habilement son roman de manière non linéaire, naviguant entre les époques et changeant de perspective (croyances autochtones et scepticisme juvénile moderne) selon les trois générations habitant la maison. En insufflant une grande profondeur à ses personnages, elle offre un aperçu saisissant de leurs interrogations, de leurs dilemmes et de leurs pensées les plus intimes. Les chapitres consacrés à Monife, jeune femme à l’esprit vif et à la forte personnalité, sont particulièrement réussis, faisant d’elle le personnage clé du roman.
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On se souvient de l’entrée remarquée en littérature d’Oyinkan Braithwaite avec Ma sœur, serial killeuse (2019), l’histoire d’une jeune femme qui tentait tant bien de mal de gérer les pulsions criminelles de sa jeune sœur. Elle a depuis délaissé le genre policier mais est resté dans le domaine des histoires de familles et des histoires de femmes. Après L’une ou l’autre (2023), qui évoquait non sans humour la question de la maternité, Filles maudites confirme son grand talent de romancière : sur une histoire de malédiction et de cœurs brisés, Braithwaite entremêle les intrigues et tisse une histoire prenante, souvent amusante, riche en moments troublants et en rebondissements. Dommage pour le roman policer et tant mieux pour la littérature en général.
Oyinkan Braithwaite, Filles maudites, traduction française de Cursed daughters, 2025), Paris, La croisée, 2026.
1 - It will not be well with you. No man will call your house, home. And if they try, they will not have peace. Your daughters are cursed— they will pursue men, but the men will be like water in their palms. Your granddaughters will love in vain. Your great granddaughters will labour for acknowledgement, but they will fall short of other women. Your daughters, your daughter’s daughters and all the women to come will suffer for man’s sake. (Traduction française de Christine Barbaste).
Merci aux éditions La croisée pour l'envoi de ce livre.