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En 75 chapitres courts, Korede parle de son métier d’infirmière-chef, de sa vie à Lagos (Nigeria), de sa famille (des morts comme des vivants) et surtout de sa sœur Ayoola, jeune fille séduisante et frivole, un peu écervelée, accro aux réseaux sociaux et encline à tuer ses amants… Elle en est au troisième au début du roman et Korede doit se charger une fois de plus de faire disparaître les traces de « l’accident » –selon une méthode rigoureuse et parfaitement rodée – et de se débarrasser du cadavre. Certes Ayoola n’a pas toujours le couteau à la main et elle aurait même un petit côté fleur bleue (catégorie espèces vénéneuses) assez attachant… Jusqu’au jour où elle jette son dévolu sur le Dr Tade Otumu, un séduisant médecin que sa sœur croise tous les jours dans l’hôpital où elle travaille. Et lorsque le malade plongé dans le coma auquel Korede a livré ses secrets en toute confiance se réveille et se souvient de tout, tout se précipite…

« Cela prend beaucoup plus de temps de se débarrasser d’un corps que de se débarrasser d’une âme, surtout quand on souhaite ne laisser aucune preuve du meurtre. »

Par touches précises, Korede dresse le portrait de sa sœur mais aussi de sa famille, en particulier son père disparu, un homme sans moralité et violent. Mais, surtout, elle esquisse son propre portrait dont la jalousie et la rancœur ne sont pas absentes. Ma sœur, serial killeuse, plus qu’un roman policier, est ainsi une chronique ou un journal intime : Korede ne parle pas beaucoup, sinon à un malade inconscient, sa sœur ne l’écoute pas vraiment et son chef ne lui répond que par monosyllabes. Alors elle ne peut que raconter et raconter.

Ma sœur, serial killeuse est un roman très noir et très subtil dans lequel les deux sœurs sont parfaitement cernées dans leurs différences, la plus complexe n’étant pas celle que l’on croit. L’évocation que fait Okinkan Braithwaite du rôle croissant des réseaux sociaux frappe juste, tout comme son analyse de la place des femmes dans une société nigériane encore partagée entre tradition et mutations.

Ma sœur, serial killeuse, trad. fr. de My sister, the serial killer (2018), Paris, Delcourt, 2019.

Tag(s) : #Nigeria, #Romans en anglais, #Afrique de l'Ouest
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