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En 75 chapitres vifs de quelques pages, toujours écrits à la première personne, Korede parle de son métier d’infirmière-chef dans un hôpital, de la vie quotidienne à Lagos (Nigeria), de sa famille (des morts comme des vivants) et surtout de sa sœur Ayoola, jeune fille séduisante et frivole, un peu écervelée, accro aux réseaux sociaux et encline à assassiner ses amants… Elle en est au troisième au début du roman, Korede se chargeant de faire disparaître les traces du crime  selon une méthode rigoureuse et parfaitement rodée  et de se débarrasser du cadavre, avec la même rigueur.

« Cela prend beaucoup plus de temps de se débarrasser d’un corps que de se débarrasser d’une âme, surtout quand on souhaite ne laisser aucune preuve du meurtre. » © Delcourt littérature, 2019.

Certes Ayoola n’a pas toujours le couteau à la main – « Le couteau est important pour moi, Korede. C’est tout ce qui me reste de lui. » et elle aurait même un petit côté fleur bleue (espèce fleurs vénéneuses). Mais quand elle jette son dévolu sur le chef de sa sœur, le Dr. Tade Otumu, et que le malade plongé dans le coma auquel elle a confié tant de secrets se réveille, Korede craint le pire. Avec raison !

Par petites touches précises, Korede dresse le portrait de sa sœur mais aussi de sa famille, en particulier de son père disparu, un homme sans moralité, violent de surcroît. Mais, surtout, se dessine son propre portrait dont la jalousie et la rancœur ne sont pas absentes. Ma sœur, serial killeuse n’est donc pas un roman policier au sens classique mais plutôt une chronique ou un journal intime qu’Hitchcock aurait pu inspirer. Korede ne parle pas beaucoup, sinon à un malade inconscient, sa sœur ne l’écoute pas vraiment et son chef lui répond par monosyllabes. Alors elle se raconte et raconte. Et elle agit.

Oyinka Braithwaite livre un roman subtil. Les deux personnages qu’elle dépeint sont parfaitement cernés dans leurs différences? la plus complexe n’étant peut-être pas celle que l’on croit. Son évocation du rôle croissant des réseaux sociaux frappe juste, tout comme son analyse de la place des femmes dans une société nigériane entre tradition et mutations. Le roman a conquis dès sa sortie la presse et les lecteurs anglophones. La France n'a pas tardé à suivre.

Ma sœur, serial killeuse, trad. fr. de My sister, the serial killer (2018), Paris, Delcourt, 2019.

Tag(s) : #Nigeria, #Romans en anglais, #Afrique de l'Ouest

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