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Publié en 1989 à Lomé par les Nouvelles éditions africaines, Le crime de la rue des notables, de Tchotcho Ekué1, est considéré comme le premier roman policier togolais. Remarqué dès sa partition, il a obtenu l’année suivante le Prix France-Togo.

Le roman raconte l’histoire de Djani Taro, étudiant et écrivain en herbe, à qui l’on vole le manuscrit de son premier roman, Cika de Séko. Celui-ci reprend un thème souvent traité : le mariage entre un Blanc expatrié - ici un gouverneur - et une jeune femme africaine, Cika, et les conséquences de cette union quand l’épouse légitime arrive d’Europe et découvre la situation. La fin du récit est particulièrement mélodramatique, lorsque Cika s’enfuit avec un autre homme :

Le choc fut très dur pour le gouverneur qui sombra davantage dans l’alcoolisme. Révoqué de ses fonctions, il ne se décida pas à quitter le pays et se suicida le jour où sa femme blanche, qui le trompait avec son boy, accoucha d’un métis.  (2014 : 10)

Alors que Djani a repris ses études après le vol et se ressource régulièrement au village chez ses parents et avec sa fiancée, il reçoit d’un ami un roman publié à Paris, Aïda et le gouverneur, et découvre que celui-ci n’est qu’un habile plagiat de son manuscrit perdu. Intrigué et furieux, il se lance à la recherche de l’usurpateur, un certain Dadjé Massé, qui se révèle être lui aussi un apprenti écrivain dont les textes médiocres ont été refusés. Leur rencontre se termine de façon dramatique : Djani est jugé et condamné pour avoir causé la mort de son « voleur ». Toutefois, au cours du procès, un témoignage de dernière minute établit que Massé avait bien copié le manuscrit dérobé

Le récit obéit au schéma du roman d’enquête - délit, homicide, procès et punition - même si cette dimension n’intervient que dans les toutes dernières pages. Son originalité tient au fait que le délit porte sur la propriété littéraire, alors que nombre de romans policiers africains privilégient des thématiques comme le détournement de fonds publics, l’appropriation des terres ou des ressources naturelles, voire la traite des êtres humains. Ce que résume Baguissoga Satra2 :

Le sujet abordé dans ce roman est d’une rare nouveauté, car le vol de la propriété intellectuelle sonne comme une curiosité dans un contexte socioculturel africain où le livre reste encore perçu comme un produit de luxe sans véritable valeur ajoutée. (2021 : 248)

Cette singularité explique l’incrédulité de l’opinion publique :

L’opinion publique n’en fut guère satisfaite. - « Peut-on tuer pour un livre ? » se demandait-elle, « La presse cache la vérité », pensait-elle encore. (2014 : 138)

Si le thème du vol de la propriété intellectuelle est au cœur du roman, Ekué évoque également la réalité sociale africaine, notamment à travers l’opposition entre modernité et tradition. La modernité se manifeste dans les études de Djani et la vie étudiante en ville, tandis que la tradition est incarnée par le retour au village, avec ses règles familiales et son code de l’honneur. L’autrice met aussi en parallèle la recherche rationnelle de la vérité par les magistrats et celle, plus spirituelle, du père de Djani :

Quant au père de Djani, il essayait de comprendre. En homme du terroir, il interrogea les cauris, implora l’aide des ancêtres, mais en vain. Sa science occulte n’apporta aucune réponde aux nombreuses questions qu’il posait. (2014 : 141)

Dans ce récit d’une grande lisibilité - la narration linéaire, à l’exception d’une incise relatant la manière dont Massé s’est procuré le manuscrit, suit le parcours de Djani Taro depuis l’écriture de son roman jusqu’à sa sortie de prison - Ekué parvient à sensibiliser ses lecteurs à la valeur culturelle et commerciale du livre, et donc du savoir. D’ailleurs, peu après la publication de ce premier roman, elle devient elle-même éditrice en fondant à Lomé la maison Graines de Pensées.

Tchotcho Ékué – Le crime de la rue des notables, Lomé, NEA, 1989 et Graines de pensées, 2014.

1 – Elle publie également sous le nom de Tchocho Christiane Akoua Ekué.

2 - Satra, Baguissoga, 2021, Le crime de la rue des notables ou la naissance du polar togolais, Djiboul, Université Felix Houphouët-Boigny,2021 - pp 248-261.

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Tag(s) : #Afrique de l'Ouest, #Togo, #Romans en français, #La ville et ses pièges
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