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Les romans avec un astérisque et un lien hypertexte sont commentés sur ce blog.
La publication de leurs œuvres a souvent été un problème pour les autrices et les auteurs d’Afrique et le Togo, pays francophone de moins de dix millions d’habitants situé sur le golfe de Guinée, ne fait pas exception. Avant que ne soit créées à Lomé dans les années 2010 des maisons comme Les Éditions Continents, Awoudy ou Graines de Pensées, les auteurs togolais avaient dû publier leurs œuvres aux Nouvelles éditions africaines, un éditeur fondé au Sénégal à l’initiative du président Senghor.
Malgré ces difficultés, et bien que le genre soit souvent considéré en Afrique comme mineur et marginal, le Togo peut se féliciter de bien tenir sa place dans la littérature policière.
Christiane Tchocho Akoua Ekué
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Christiane Tchocho Akoua Ekué a ouvert la voie en 1989 avec *Le crime de la rue des notables. Ce premier roman, qui a obtenu le Prix France-Togo l’année suivant sa parution, raconte l’histoire d’un jeune étudiant qui se fait voler le manuscrit de son premier roman et qui découvre plus tard qu’un livre publié à Paris n’en est qu’un habile plagiat. Parti à la recherche de l’usurpateur, la rencontre avec celui-ci finit de façon tragique. Le roman prend alors sa dimension policière.
L’originalité du livre est de prendre la propriété littéraire comme objet du délit alors que les thèmes généralement abordés sont l’appropriation illégale de l’argent public, des terres ou des ressources naturelles. Dans ce récit qui d’une grande lisibilité, Ekué parvient à faire prendre conscience à ses lecteurs de la valeur culturelle mais aussi commerciale du livre.
Quelques années plus tard Tété François Kwassi et Mensah Hemedzo se sont inspirés des romans d’espionnage européens ou américains qui circulaient en Afrique à l’époque de la colonisation et dont les héros luttaient contre les forces du mal.
François Kwassi
Dans Lutte à mort, paru en 1999 aux Nouvelles Éditions Africaines, Tété François Kwassi prend pour modèle les romans de la série SAS de Gérard de Villiers publiés à partir de 1965, très populaires en France et assez largement diffusés en Afrique. Ici, Smart l’Africain est envoyé en Belgique pour enquêter sur la mort de policiers qui s’intéressaient aux activités du Gang des sorciers, un groupe criminel se livrant au trafic de drogue entre l’Afrique et l’Europe. Fidèle à son modèle, Kwassi use et abuse des schémas du genre : agents doubles, poursuites, fusillades, séances de tortures, scènes érotiques, violence… La couleur locale est apportée par le recours à la sorcellerie et aux formules magiques, en particulier dans la scène finale opposant le héros et son adversaire.
Mensah Hemedzo
Puisant aux mêmes sources et n’hésitant pas non plus à faire une large place à la violence et à l’érotisme, Mensah Hemedzo fait preuve de plus d’originalité. Dans La loi du bouc émissaire (2007) il raconte comment un parti d’extrême droite s’associe à une secte religieuse satanique, la Communauté, pour tenter de prendre le pouvoir en France et y instaurer un régime autoritaire. Un officier africain ayant fui son pays pour des raisons politiques se trouve mêlé à l’histoire, et, aidé par une équipe aussi hétéroclite qu’improbable, met les complotistes hors d’état de nuire. Bien qu'un peu confus, même s’il s’appuie sur un arrière-plan sociologique et politique bien réel – la menace terroriste, la montée de l’extrême-droite en France – La loi du bouc émissaire s’inscrit dans ce qui fait la spécificité du roman policier africain, l’enquête au service de la dénonciation.
À la suite de ces écrivains, deux auteurs, publiés en France, se sont fait remarquer par l’importance la diversité de leur production, Théo Ananissoh et Kangni Alem.
Théo Ananissoh
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Dans *Un reptile par habitant (2017), Théo Ananissoh raconte comment Narcisse, un jeune enseignant coureur de jupons, se trouve impliqué dans la dissimulation du corps d’un officier de haut rang assassiné chez l’une de ses maitresses. L’affaire prend vite une tournure politique et manque de mener le pays au bord de la guerre civile. Un reptile par habitant tient à la fois du roman policier (qui a tué l’officier ?) et du roman de mœurs (la riche vie amoureuse de Narcisse) sur fond de violence politique dans un pays soumis à un régime autoritaire. D’une grande économie d’écriture, le roman propose une vision aussi absurde que désespérante sur la situation des pays africains et sur les pratiques de ceux qui les gouvernent.
Kangni Alem
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S’inspirant d’un fait-divers réel, Kangni Alem dresse dans *La légende de l’assassin (2015) le portrait d’un célèbre avocat qui, trente ans après les faits, revient sur le procès d’un assassin, simplement nommé K.A., à qui, faute d’expérience et aussi de motivation, il n’a pas pu éviter la peine capitale. Son enquête le conduit à retrouver des témoins de son passé professionnel et personnel, à solliciter l’aide d’un étrange pasteur et à assister à des scènes d’épouvante mêlant sorcellerie et fantastique. À la fois roman policier cold case, récit ethnologique, dénonciation d’un pouvoir politique corrompu et étude de caractère, le livre d’Alem est aussi un roman sur la culpabilité. Car si celle de K.A. ne peut être remise en cause, qu’en est-il de celle des personnages qui l’entouraient au moment des faits ?
Charles Ollince
Récemment, en 2022, un jeune auteur, Charles Ollince, a proposé avec Le chien qui parle un roman policier associant une intrigue criminelle (crime, enquête, liste de suspects, fausses pistes et rebondissements, révélation finale) à l'histoire d’amour d’une inspectrice de police qui mène l’enquête après que l’un de ses prétendants ait été assassiné. Ce choix permet à l’auteur de porter un regard sociologique critique sur la société togolaise en traitant aussi bien des relations amoureuses et des violences conjugales que des rapports de classe dans l’exercice de la justice et du pouvoir.
Bibliographie sélective
Christiane Tchocho Akoua Ekue, Le crime de la rue des notables, Lomé, NEA, 1989.
Kangni Alem, La légende de l’assassin, Paris, Jean-Claude Lattès, 2015.
Théo Ananissoh, Lisahohé, Paris, Gallimard, coll. Continents noirs, 2005.
Théo Ananissoh, Un reptile par habitant, Paris, Gallimard, coll. Continents noirs, 2007.
Mensah Hemedzo, La loi du bouc émissaire, Paris, Plumes & cœurs, 2007.
Tété François Kwassi, Lutte à mort, Dakar, Nouvelles Éditions Africaines, 1999.
Charles Ollince, Le chien qui parle, Lomé, Oracle, 2022
Sami Tchak, Al Capone le Malien, Paris, Mercure de France, 2011.