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Deux affaires distinctes constituent le point de départ du roman Les écailles d’or : Makana, un ancien flic soudanais devenu détective privé en Egypte, est chargé par un riche homme d’affaires, promoteur immobilier et propriétaire d’un club de football du Caire, de retrouver son joueur vedette qui a mystérieusement disparu. Au même moment, une jeune Anglaise qui recherche sa petite fille est assassinée. Riches en rebondissements et en événements dramatiques, les deux enquêtes progressent et finissent par ne faire qu’une.

Le roman se déroule dans un environnement familier à Parker Bilal qui a vécu à Khartoum et au Caire. Dans une Egypte minée par la corruption et les montages financiers frauduleux, vivant sous la menace permanente du terrorisme islamiste (l’action se passe en 1998, quelques mois après l'attentat mené par des islamistes à Louxor), des promoteurs et des affairistes sans scrupules, issus pour les uns du banditisme local, pour d’autres des forces spéciales russes, se livrent à des magouilles immobilières. Le roman policer nous a habitués à ce genre de situations et Les écailles d’or respecte les règles du genre, en particulier pour ce qui est du héros. Intelligent, courageux et tenace, Makana est au bout du rouleau. Policer efficace et intègre, il a dû fuir son pays, le Soudan, quand, avec un nouveau régime au pouvoir, même la nature du crime a changé : « Ne jamais mélanger le travail de la police et la politique…sauf que, désormais, tout était politique. » (2015 : 51). Mis sur la touche, pourchassé par ses anciens collègues, il sera témoin de la mort « accidentelle » de sa femme et de sa fille avant de se réfugier au Caire, où, pratiquement sans ressources, il en est réduit à vivre sur une awama, une sorte de péniche rudimentaire. Son passé tragique l’a laissé meurtri, mais, après « être passé par le lent processus consistant à réapprendre à vivre », il a renoncé à tout désir de vengeance. Plus calme et plus cérébral que ses prédécesseurs dans le roman noir, Philip Marlowe par exemple, il est aussi plus sobre et plutôt insensible aux approches des femmes fatales…

Les écailles d’or reste un roman policier classique, mais on se laisse emporter par sa lecture, malgré une conclusion assez prévisible. Parker Bilal sait composer une histoire, en mêlant habilement les péripéties de l’enquête et les retours sur le passé de Makana, le privé du Caire, un des héros récurrents du roman policier africain. Le contexte d’une Egypte plombée par la progression des mouvements islamistes et pillée par des aigrefins est parfaitement dépeint, sans exotisme de pacotille. Les écailles d’or constitue donc un bon exemple d’un roman d’action en terre africaine écrit par un auteur intimement lié par ses origines au monde qu’il décrit.

Les écailles d'or, trad. fr. de The golden scales (2012), Paris, Seuil Policiers, Rééd. Points. Policier, 016.

Tag(s) : #Romans en anglais, #Soudan, #Afrique de l'Est
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