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Le Sang des volcans - Des Kalach et des Comores commence après que Saïd-Omar Ourdouni, le président de la République des Comores, ait été retrouvé en pleine nuit tué des trois balles de pistolet dans le palais présidentiel. Alors que la garde rapprochée chargée de la sécurité ne sait pas par quel bout commencer les investigations, le chef de la brigade judiciaire fait appel au lieutenant Qubeish Abadallah, un ancien gendarme en disgrâce mais remarquable enquêteur. Faute de moyens scientifiques et d’équipe pour l’assister, celui-ci mène son enquête « à l’ancienne », en faisant confiance à son intelligence et à son flair tout en ayant recours à ses fidèles indicateurs. Pendant ce temps, nombreux sont ceux qui s’agitent en coulisse alors que se préparent les funérailles du grand homme, officiellement décédé de mort naturelle.
Le roman de Sast (Saïd Ahmed Saïd Tourqui) met en évidence les intrigues qui, sur fond de querelles politiques et familiales, divisent l’ancienne possession française de l’Océan Indien aux prises avec les visées économiques des grandes compagnies pétrolières et les manigances d’États aux motivations diverses. Alors que l’ex-puissance tutélaire voit d’un mauvais œil un président réformateur et populaire se détacher de son influence, que les États-Unis soupçonnent le régime d’entretenir des liens avec la nébuleuse Al-Qaida et qu’Israël voudrait négocier la reconnaissance d’un pays musulman en échange de la fourniture d’armement, les raisons d’en vouloir au président Ourdouni sont autant de pistes. Mais, à trop chercher la vérité, grand est le risque de déranger certains intérêts politico-financiers. Qubeish et les amis qui le soutiennent en subiront les conséquences.
Sans être un « huis clos haletant » comme l’annonce la quatrième de couverture, Le sang des volcans se lit sans déplaisir. Autour d’une intrigue solide, Sast dresse une galerie de personnages proches du pouvoir mais aussi de petites gens de la société comorienne, sincèrement attristés par la disparition de leur chef. La figure de Qubeish sort du lot : blessé par la vie, injustement mis sur la touche, accro à l’herbe et à l’alcool, cet anti-héros contraste par son honnêteté avec la plupart de ceux qui l’entourent. Enfin, sans tomber dans un exotisme dfacile, Sast s’attache à raconter l’histoire des grandes familles politiques de l’archipel et à décrire certaines coutumes, comme le rituel autour des funérailles du président, impressionnant.
Le roman, dont la conclusion ne laisse pas beaucoup d’espoir quant au processus démocratique, prend tout son intérêt quand on le relie aux problèmes que Sast a lui-même connus1 : « Le sang des jeunes Républiques coule à flots affolés, dans cette succession haletante des congénitales et noires volontés préméditant leur extinction. ». (2011 : 135)
1 - Sast a occupé des postes importants avant de se heurter au pouvoir en place : arrêté en août 2018 pour avoir été en contact avec les présumés organisateurs d'un projet de renversement du gouvernement comorien, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité par la Cour de sûreté de l’Etat à la suite d’un procès expéditif, il a bénéficié en août 2019 d’une grâce présidentielle.
Sast - Le sang des volcans – Des Kalach et des Comores © L’Harmattan, coll. Lettres de l’Océan Indien, 2011.