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Dieuswalwe (Dieu soit loué en créole) Azémar ne serait qu’un « inspecteur de police fauché, alcoolique et débauché » s’il ne vivait de surcroît en Haïti ou rien ne se passe comme ailleurs. Contraint par la précarité à confier sa fille Mireya pour qui il voudrait une vie meilleure, et un avenir, un vrai, loin de la corruption et des dangers de la vie haïtienne à des sœurs de l’Église du sang des apôtres, en vue de son adoption par une famille étrangère, il va découvrir que d'étranges choses se trament autour d’elle.

Azémar est un bon flic, intègre, « détaché envers les honneurs et les biens matériels » dans un pays où règnent les compromissions et la corruption, soucieux de lutter contre le crime au point de ne pas hésiter à éliminer tous ceux qui vivent dans l’illégalité. Aussi n’accepte-t-il pas la décision de son adjoint, l’agent Colin, qu’il a formé, de le quitter pour une unité moins pointilleuse sur le règlement, bref de « faire comme les autres »

C’est vrai, je considérais Colin comme mon fils. Mais il m’a trahi. Les gens qui trahissent ceux qui les aiment, ceux qui leur font confiance, sont des porcs. (2024 : 44)

Errant à la recherche de criminels dans une ville de Port-au-Prince où règle le dénuement et la misère, et où le bruit empêche toute communication ; Dieuswalwe en vient presque à regretter le temps des macoutes, quand tout le monde se méfiait de tout le monde car on ne savait pas « qui était qui. ». .

Tout bon policier empli de rationalité qu’il soit, l’inspecteur n’oublie pas qu’il vit en Haïti où le fantastique et la réalité s’entremêlent et où l’on ne s’attaque pas impunément aux serviteurs des esprits Il s’en rendra compte après qu’il ait éliminé un bòkò, un de ces sorciers malveillants qui tirent leur pouvoir et leurs revenus de la peur qu’ils inspirent.  

Dans un pays qui a perdu tous ses repères et où la vie ne vaut pas grand-chose, l’inspecteur doit faire face à des situations diverses, qu’elles relèvent du surnaturel quand son ancien collaborateur se transforme peu à peu en porc ou quand il est attaqué par un homme-araignée ou bien de la réalité la plus sordide quand un de ses collègues est retrouvé sur un tas d’immondices où des cochons se disputent son cadavre et quand il doit faire face à des trafiquants de sang et d’organes qui menacent sa fille. Une véritable saison de porcs.

Avec Saison de porcs, Gary Victor propose un honnête roman policier1, un « polar vaudou » certes stéréotypé au niveau des personnages (un flic efficace mais à la dérive, débauché mais père aimant ; des supérieurs critiques mais bienveillants…) et des situations (les essais cliniques et les histoires de trafics d’organes entre pays pauvres et pays nantis ne sont pas très originales). Mais le roman se lit avec plaisir et il met en avant la situation d’un pays qui, depuis sa rédaction en 2009 a vu sa situation économique et politique empirer : « L’avenir seul mettrait certainement au jour la félonie et l’inconscience des politiciens » (2024 :160).  

1 - Pour ceux qui veulent lire d’autres enquêtes de Dieuswalwe Azémar : Les cloches de La Brésilienne (2006), Cure et châtiment (2013)…

Gary Victor – Saison de porcs, Québec, Mémoire d’encrier, 2009, réédité en poche en 2024.

Tag(s) : #Amériques et Caraïbes, #Romans en français
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