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Auteur prolifique à succès, Yasmina Khadra (Mohammed Moulessehoul) a débuté sous ce pseudonyme en 1997 avec Morituri, suivi de Double blanc (1998), L’automne des chimères (1998), et La part du mort (2004), réunis en 2008 chez Folio policier sous le titre Le quatuor algérien. Ces romans policiers avaient été précédés de deux autres enquêtes du commissaire Llob, Le dingue au bistouri (1990) et La Foire des enfoirés (1993), non paru en France. Tous sont écrits à la première personne, Llob étant le narrateur.

Lorsqu’un mystérieux correspondant appelle Brahim Llob pour lui annoncer qu'il va commettre un crime, le commissaire n’y croit pas. Il doit pourtant se rendre à l’évidence quand un premier homme est sauvagement torture et assassiné. Le Dingue au bistouri comme le surnomme la presse, récidivera à cinq reprises selon le même mode. Outre l’enquête que mène la police criminelle, un dialogue téléphonique s’instaure entre Llob et le tueur.

Ctte première enquête du commissaire n’a pas la force des autres romans le mettant en scène, qui se déroulent pendant la décennie noire qu’a connue l’Algérie entre 1992 et 2002. Mais cette histoire de vengeance imaginée par un tueur déterminé et méthodique permet à Khadra de pointer l'état de délabrement de son pays : corruption, passe-droits pour les classes favorisées, misère de la population, manques de moyens pour l’éducation et la santé, etc. Une société sans avenir où toute humanité semble avoir disparue et qui donne naissance à des monstres.

J’ai vu des misères dans ma chienne de vie mais celle de Mme Antar exagère : une chaise mutilée, un buffet dévasté, des restes d’édredon, la photo d’un moustachu rivée à un clou et le sentiment anéantissant de compter pour des prunes dans une société cruellement oublieuse. (2001 : 100)

Il faut arriver à la fin du roman pour que celui-ci prenne son sens, quand le « dingue » explique comment et pourquoi il est devenu un criminel après avoir enduré la souffrance, l’injustice et le mépris : « Après tout qu'est-ce qu'un criminel sinon le crime parfait, toujours impuni, de la société elle-même ». (2001 : 155)

Une condamnation de l’implacable machine politique et sociale qui broie et humilie les hommes jusqu’à leur reprocher de n’être qu’un tas de « matière fécale ».

J'ai grandi dans le mépris des autres, à l'ombre de mon ressentiment, hanté par mon insignifiance infime, portant mon mal en patience comme une concubine son avorton, sachant qu'un jour maudit j'accoucherai un monstre que je nommerai Vengeance et qui éclaboussera le monde d'horreur et de sang. (2001 : 154)

Ce premier roman mettant en scène Brahim Llob peut laisser le lecteur sur sa faim : si l’intrigue est crédible, l’enquête reste simpliste, certains témoignages spontanés venant parfois un peu trop fort à propos. L’écriture est par ailleurs encore approximative, comme le souligne Claude Mesplède dans le Dictionnaire des littératures policières1 :

Le principal intérêt de l’ouvrage est qu’il met en scène pour la première fois un flic algérien. Pour le reste l’écriture, balbutiante, rappelle celle des polars argotiques des années 50 et, même si l’auteur apporte un regard critique que la société algérienne, on est encore loin de Morituri (1997) premier volet de « la trilogie algérienne » qui va révéler Yasmina Khadra en France. (2007 : 95 / Tome 2).

Mais on lira avec intérêt cette première entrée de Khadra dans le roman policier. Avec un commissaire Llob déjà bien présent, un flic intègre et sans illusions sur son pays et sur ceux qui qui le dirigent.

Brahim Llob est une figure extrême de la désespérance de la société algérienne. Seul porteur de valeurs dans un monde déliquescent, en proie à l’ultime sauvagerie : un peuple sans contrat social et sans justice. Le commissaire représente la quintessence du héros de roman noir:  « Ce loup, solitaire et blessé, est un mort en sursis en quête d’un impossible conte de fées ». Et en effet, si la série se termine logiquement sur la mort du héros, c’est qu’elle met en scène la mort de la conscience2. (2002 : 34)

1. Claude Mesplède, Dictionnaire des littératures policières, Paris, Joseph. K, 2007. 

2. Françoise Naudillon (2002). Alger, ville mortifère : les romans policiers de Yasmina Khadra. Frontières, 15(1), 30–38.

 https://www.erudit.org/fr/revues/fr/2002-v15-n1-fr05731/1073904ar.pdf

Le Dingue au bistouri, 1990, Alger, Laphomic – 1999, Paris, Flammarion et 2001, J’ai lu.

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Tag(s) : #Afrique du Nord (Maghreb), #Algérie, #La ville et ses pièges, #Romans en français
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