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Tais-toi et meurs est paru en 2012 aux éditions La Branche, dans une collection de polars à thème (comme Le poulpe par exemple), Vendredi 13, soit treize auteurs pour treize titres dont l'action se déroule autour d’un vendredi 13 et se termine mal. A Alain Mabanckou rejoint ici des auteurs comme Jean-Bernard Pouy (Samedi 14), Pia Petersen (Le chien de Don Quichotte) et Patrick Chamoiseau, un écrivain antillais qui reprendra le personnage d’Hypérion Vitimaire dans J’ai toujours aimé la nuit.

Du jour au lendemain, un vendredi 13 comme il se doit, la vie presque normale de débrouille que mène dans le milieu africain de Paris Julien Makambo, citoyen congolais, alias José Montfort sur ses faux papiers, bascule : témoin de la défenestration d'une jeune femme, il devient un coupable idéal, s'enfuit et se cache dans un hôtel sinistre avant d'être arrêté. C'est pendant son incarcération à Fresnes, dans l'attente de son procès, qu'il raconte dans son journal le récit de son parcours depuis son arrivée en France

Acœur de Tais-toi et meurs se trouve le microcosme de la communauté africaine de Paris, dans lequel les Sénégalais du marché Dejan, les Maliens de Montreuil et les Congolais de la Société es ambianceurs et des personnes élégantes côtoient grands et petits truands et filles peu farouches dans une ambiance qui n’est pas sans rappeler celle des romans de Désiré Bolya (La polyandre, 1998) et d'Achille NGoye (Agence Black Bafoussa, 1998). Comme ses prédécesseurs, Alain Mabanckou inscrit son récit dans la description d'une réalité sociale précise, des communautés subsistant dans la précarité grâce à des emplois épisodiques et à de petits trafics, ainsi que dans la dénonciation d'un système qui s’accommode économiquement de la présence de ces « irréguliers » tout en les faisant vivre dans la crainte permanente de l'expulsion. 

Au delà de ces considérations, Tais-toi et meurs reste un bon roman noir, l'histoire d’un brave garçon un peu naïf plongé dans un monde qui le dépasse, incapable de voir les manipulations dont il est l’objet. Son parcours dramatique va lui faire rencontrer d'autres membres de la communauté, autant de portraits savoureux, et lui apprendre que les vexations et les ennuis ne viennent pas uniquement de l'ex-colonisateur devenu « pays d'accueil », mais aussi de compatriotes sans foi ni loi, prêts à tout pour parvenir à leurs fins.

Julien - José apprendra aussi que les communautés d'immigrés, constituées en fonction des origines géographiques et ethniques de leurs membres, peinent à échapper à la méfiance et la suspicion et ont bien du mal à être solidaires.

« Je retiens qu’on ne s’est jamais vu, qu’on n’a jamais mangé ensemble, est-ce que c’est clair ? Et si on te revoit ici, je paierai même dix mille euros pour que Sidibé Traoré nous dise qui tu es et qui tu trafiques dans mon quartier. En plus, comme j’aurai perdu ma thune pour rien, tu ne repartiras pas avec un visage normal. »

MABANCKOU Alain (2012), Tais-toi et meurs, France, Editions La Branche.

Tag(s) : #Congo, #Romans en français, #Afrique centrale, #Diaspora

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