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Beaucoup plus qu’un polar, Les Cris de l’innocente mêle le reportage, l’essai anthropologique et le plaidoyer contre l’archaïsme. Pas de grand suspense toutefois : les faits étant établis depuis le début du roman et les coupables désignés, du moins pour la plupart d’entre eux, la seule question est de savoir s'ils seront confondus et éventuellement punis.

Roman dense, bien construit et solidement argumenté, Les Cris de l’innocente commence par la découverte fortuite par une jeune « appelée du service national » dans un village reculé du Botswana de pièces à conviction remettant en cause la version officielle de la disparition d’une petite fille cinq ans plus tôt. Décidée et sans peur, mais parfois un peu naïve, Amantle va mobiliser des amies attachées comme elle à la modernité ainsi que la  communauté villageoise pour tenter de faire éclater la vérité. Un combat contre l’obscurantisme qui connaîtra bien des péripéties jusqu’à un final glaçant.

Le roman d’Unity Dow, qui a été plus de dix ans juge à la cour suprême du Botswana, part d’un constat accablant sur les pratiques coutumières que connaît encore l’Afrique, et constitue un réquisitoire sans appel contre celles-ci. Car si féticheurs et guérisseurs perdurent face à une médecine moderne, hélas souvent absente dans des zones reculées, certains n’hésitent pas à aller beaucoup plus loin, quitte à se mettre entre les mains de sorciers ayant recours au crime rituel – le dipheko en langue setswana – pour s’assurer réussite, puissance et fortune.

« Les sacrifices humains existent depuis très longtemps, mais avant d’en arriver là, traditionnellement, il fallait épuiser toutes les procédures de conjuration du mal. On commençait par sacrifier les animaux. Aujourd’hui, on est face à des voyous à qui on remet de l’argent pour aller abattre des gens, leur extorquer des organes à vifs. Ce n’est pas un rituel, c’est de la barbarie. Le seul rituel en soi, c’est quand le Nganga (sorcier) traite ce "matériel" pour que le client puisse le consommer. C’est un rituel perverti, transgressé. » Joseph Tonda, entretien à Jeune Afrique, Mai 2014

Les Cris de l’innocente est un excellent témoignage sur des pratiques barbares – femmes et enfants kidnappés et démembrés, albinos massacrés, cadavres mutilés – qui, du Togo au Cameroun et de l’Afrique du Sud au Nigéria, n’épargnent aucun pays du continent. Pratiques qui semblent connaître une recrudescence à la veille de chaque élection importante…

DOW Unity (2006), Les Cris de l'innocente (The Screaming of the Innocent, 2002), Actes Sud.

Tag(s) : #Botswana, #Romans en anglais, #Afrique australe

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