Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Les aventures de Mma Ramotswe, fondatrice de l’Agence N°1 des Dames Détectives à Gaborone, se lisent plus le sourire aux lèvres que la peur au ventre. On n’y trouve en effet ni sérials killers ni même de crimes de sang (qui, pour Mma, sont du ressort de la police) mais des affaires familiales, maris volages et adolescents fugueurs, ou relevant de la petite criminalité. Le premier roman de la série, Mma Ramotswe détective, traite toutefois d’un sujet grave, la sorcellerie et le trafic d’enfants, à partir d’une affaire qui a épouvanté les Botswanais, l’assassinat rituel d’une petite fille, et qui a inspiré par ailleurs deux autres romans1. La conclusion est toutefois ici nettement moins tragique.

« Après un démarrage assez lent, Mma Ramotswe eut la surprise de découvrir que ses services répondaient à un besoin considérable. Elle fut consultée pour retrouver des maris disparus, étudier la crédibilité financière d’associés potentiels ou enquêter sur de remployés indélicats. A chaque client ou presque elle arrivait au moins à fournir des renseignements précieux. Les rares fois où elle échouait, elle refusait d’être payée, bien qu’aucun de ceux qui firent appel à elle ne trouva à redire. Les gens du Botswana aimaient parler, découvrit-elle, et il lui suffisait de mentionner sa profession pour obtenir une incroyable profusion d’informations sur toutes sortes de sujets. Les gens trouvaient flatteur, conclut-elle, d’être approchés par une détective privée, et, du coup, les langues se déliaient. »

Il a parfois été reproché à Alexander McCall Smith de « produire » des romans faciles aux intrigues superficielles. Traduits en près de quarante langues, ils rencontrent pourtant un joli succès. Avant tout parce que les enquêtes de la dame détective ne sont qu’un support, un prétexte à des développements sur les relations entre les individus ou les communautés, sur la vie quotidienne au Botswana et les traditions qui ne s'accommodent pas toujours de la modernité. Aussi parce que Mma fait toujours preuve d’une grande humanité, agit en « raccommodeuse de destins » plus qu’en justicière, quitte à prendre quelques libertés avec la légalité pour ne mettre ni les victimes ni même parfois les coupables dans l'embarras, mais pour au contraire les aider à se reconstruire et à repartir. Une humanité que l’on retrouve également dans sa vie familiale. Enfin parce que, si elle aime réfléchir sous l’acacia devant son bureau de Gaborone en buvant une tasse de thé rouge, Mma Ramotswe se fie surtout à son sens de l’observation : ses déplacements sur le terrain, du désert du Kalahari au détroit de l’Okavango, sont ainsi autant d’occasions pour Alexander McCall Smith de vanter le charme d’un pays et de ses habitants qu’il aime autant que son héroïne.

Personnage atypique dans la littérature policière – les héros récurrents sont le plus souvent des hommes – Mma Ramotswe apparait dans 23 romans. C’est une femme sympathique et rassurante, accompagnée par son mari, Mr J.L.B. Matekoni, propriétaire du garage Tlokweng Road Speedy Motors, avec qui elle a adopté deux petits orphelins du Kalahari, et par Mma (Grace) Makutsi, sa secrétaire polyvalente puis assistante-détective. Sans oublier le souvenir qu’elle garde de son père, ancien mineur à Bulawayo, mort de la silicose, et dont elle a hérité un magnifique troupeau de bovins qu’elle a vendu pour créer et installer, non pas un commerce à la rentabilité certaine comme on le lui suggérait, mais son agence. L’exemple même de la manière dont les femmes africaines peuvent conjuguer attachement aux traditions dans ce qu’elles ont de meilleur et choix maîtrisé de la modernité.

1 - Les cris de l’innocente de Unity Dow et Deadly Harvest de Michael Stanley.

Mma Ramotswe détective, trad. fr. de The N°1 Ladies' Detective Agency (1998), Paris, 10-18, 2006.

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :