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Francis Zondi, dit Bronx, a pris du galon depuis La mémoire courte, mais le superintendant continue sa poursuite de la racaille de Pretoria et des townships du Gauteng. Cette fois-ci suite à l’enlèvement de dix enfants de la communauté blanche à la sortie des écoles. Pas de mystère sur les responsables, un mystérieux pasteur noir et son complice boer alcoolique et intellectuellement limité, identifiés dès les premiers chapitres, mais une traque qui devient vite une course contre la montre. Quant aux motivations des deux minables, elles restent peu claires. Ce qui n’a pas une si grande importance puisque, au-delà de l’intrigue, Le noir qui marche à pied est surtout l’occasion pour Louis-Ferdinand Despreez de poursuivre son analyse de la société sud-africaine et d’asséner au passage quelques considérations bien senties sur ce nouveau pays qui devait assurer bonheur et prospérité à toutes et à tous. Le résultat n’est hélas pas au rendez-vous, la précarité l’a emporté, les charlatans et les voyous pullulent, la violence règne et nul n’y échappe.  

« Il n’en pouvait plus de constater, jour après jour, que la vie humaine avait si peu de valeur dans un pays qui, depuis plus de dix ans, se glorifiait de posséder une des plus belles constitutions du monde.

Mais c’était ça aussi l’Afrique du Sud, un monde a deux vitesses où des écolos intellos se battaient d’un côté pour sauver les phoques de False Bay ou interdire le gavage des oies dans le Lipopo et où, de l’autre, la vie de dix écoliers était, pour un analphabète devenu mystique et opportuniste, le ticket d’entrée au Royaume des Cieux… Le monde aurait été tellement plus beau si les crétins mystiques s’intéressaient aux phoques et les grands intellos aux enfants. Zondi ne le regretterait jamais assez, même s’il savait qu’il avait intérêt à la fermer pour ne pas se faire prendre rudement à partie pas les défenseurs des phoques… »  © Phébus, 2008

Le superintendant prend de l’épaisseur dans ce deuxième volume (un troisième serait en cours de rédaction) et se montre proche de ceux qu’il considère comme des victimes de la vie (un petit côté Maigret) tout en étant impitoyable avec les crapules, même s’il lui arrive d’aller voir en prison ceux qu’il a fait arrêter et condamner. Plus nerveux que le premier volet des enquêtes de Zondi, tout aussi irrévérencieux et toujours aussi somptueux dans l’écriture, Le noir qui marche à pied est un roman très sombre, une plongée sans concession dans la réalité sud-africaine.

DESPREEZ Louis-Ferdinand (2008), Le Noir qui marche à pied, Paris, Phébus.

Tag(s) : #Afrique du Sud, #Romans en français, #Afrique australe

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