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Kouty, mémoire de sang, initialement publié en 1998 à Bamako, fut présenté en 2002 par Gallimard dans la collection Série noire comme « le premier roman noir écrit par une jeune femme africaine ». Ce qui méritait certes d’être précisé mais n’en fait pas un roman impérissable. Cette « tragédie de la vengeance », genre littéraire et dramatique très prisé à la fin de la période élisabéthaine (Revenge tragedy) et qui a depuis inspiré quantité de films policiers et de westerns, est d’un manichéisme simpliste : la jeune, belle et intelligente Kouty se venge des innommables qui ont massacré sa famille, pour cause de mésalliance ethnique. Kouty a-t-elle raison? Non si l'on s'en tient à la règle de l'Etat de droit selon laquelle nul ne peut exercer sa propre justice ; oui, si l’on accepte les règles du genre, dont Sergio Leone et Clint Eastwood, entre autres, ont usé et abusé.

« Soudain, la blancheur du ciel matinal vira à l'ocre. Un gros nuage de poussière envahit l'espace et le silence qui régnait sur le quartier fut déchiré par les vrombissements de moteurs puissants. Pendant un court instant, Ousmane resta debout près de sa femme, pétrifié, le regard fixé sur l'horizon. Puis il se ressaisit, se tourna vers sa compagne et lui ordonna d'aller se réfugier dans la maison avec les enfants.

Il vit alors les Land Rover s'arrêter et une vingtaine d'hommes enturbannés, armés de Kalachnikov et de coupe-coupe, en surgirent. Ils se dirigèrent vers un ensemble d'habitations par groupes de trois ou quatre, et, à l'aide de leurs armes, défoncèrent les portes.

Les Tall se précipitèrent chez eux et, peu après, ils entendirent les Touareg qui forçaient la porte. Tout se passa très vite. Ousmane se saisit de son couteau tandis que Fathy faisait sortir Kouty par la fenêtre de la chambre. » © Gallimard, 2002.

Mais il est difficile de croire qu’une pure et innocente jeune fille puisse cacher à son entourage le drame dont elle a été témoin - l’assassinat de toute sa famille - et se révéler une tueuse de sang froid sans état d’âme. Car si le désir de vengeance est une chose, le passage à l’acte en est une autre, d'autant que les premiers assassinats perpétrés par Kouty sont peu crédibles du fait du rapport de force physique et que l’élimination du dernier tortionnaire relève d’une machination et d’une organisation sans failles.  

Ce qui est le plus gênant dans le roman est la naïveté du style, souvent proche de l’eau de rose, ainsi qu’une construction assez primaire alternant sans grande cohérence la relation des faits propres à l’intrigue - repérage, préparation et exécution de la vengeance - et des développements sur la réalité économique, politique et sociale du Mali. Exception faite pour un bon passage sur l’élimination d’un des assassins sur fond des événements de 1991 à Bamako.

« Les jours qui suivirent virent s’amplifier les mouvements de grève, qui s’étendaient maintenant à tous les secteurs. L’insécurité régnait dans les rues de Bamako. Dès les premiers jours de mars, Kouty, obsédée par l’élimination de sa troisième proie, comprit tous les avantages que le désordre civil pouvait avoir dans l’accomplissement de sa vengeance. Mars 1991. Mois terrible. Mois horrible durant lequel la haine déferla sur la capitale, embrasant aussi le pays. » © Gallimard, 2002

Si Kouty, mémoire de sang ne parait pas à la hauteur de la Série noire, il apporte cependant un éclairage sur les relations et les violences interethniques au Mali, malheureusement toujours d’actualité en 2020.

DIALLO Aïda Mady (2002), Kouty, mémoire de sang, Paris, Gallimard, « Série noire ».

Tag(s) : #Romans en français, #Mali, #Afrique de l'Ouest

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