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L’homme qui venait du passé met un terme aux enquêtes de l’inspecteur Ali, de la police royale marocaine, commencées en 1981 avec Une enquête au pays. Flegmatique, âme candide mais volontiers cynique, amateur de poésie, sorte d'alter ego de Driss Chraïbi (1926-2007), Ali mène des enquêtes plutôt hors normes et en général décoiffantes dans son pays, le Maroc, et aussi à l’étranger. Peu regardant sur les méthodes, il s’appuie plus sur ses indics - chauffeurs de taxis ou femmes de ménage - que sur ses adjoints, tout en cultivant des relations avec des personnages aussi influents que peu recommandables. Tout cela en assénant des remarques pertinentes et ironiques sur les travers de son pays - abus de pouvoir, corruption, extrémismes en tout genre - mais aussi d’un Occident obsédé par la puissance financière et la consommation.

Revenons à L’homme qui venait du passé. Un cadavre est retrouvé au fond d’un puits à Marrakech, dans le riad d’un homme assez important pour qu’Ali et ses acolytes soient amenés à subtiliser le corps et à trafiquer les dossiers du légiste. Il s'ensuit une enquête qui mènera l’inspecteur en France, où il retrouve un vieux copain juif de la DGSE, en Suisse, occasion d'une savoureuse rencontre avec le fondé de pouvoir de l’UBS, et enfin à Peshawar. Ali fait feu de tout bois, vole des documents, ment pour mieux obtenir la vérité, trahit un peu tout le monde, tue à l’occasion… A se demander si ce petit inspecteur mal fagoté est vraiment crédible quand il se transforme en James Bond.

« L'univers a été créé par Dieu, selon des lois que l'homme suit plus ou moins. La religion a été créée par l'homme, selon des lois que Dieu doit suivre. Il ne faut pas confondre l'Islam et le Coran, n'est-ce pas ? L'inspecteur Ali l'approuva avec émotion. » © Denoël, 2004;

CHRAIBI Driss (2006), L'homme qui venait du passé, Paris, Gallimard.

Le dernier roman dont Ali est le héros est à la hauteur des précédents et on découvre toujours avec bonheur les commentaires caustiques de l’inspecteur-chef (il a pris du galon et ce n’est pas fini) sur le Maroc, le monde et l’Islam. La toute fin du roman, surprenante dans son ambiguïté, rappelle la construction en abyme de L’inspecteur Ali dans laquelle l’écrivain Driss Chraïbi met en scène Brahim, un personnage lui-même écrivain, qui met en scène Ali, le « héros » d’un de ses romans. Jeu de doubles, de triples, jeu de dupes…

Merci à Magali pour ses photographies du Maroc.

Tag(s) : #Romans en français, #Maroc, #Afrique du Nord (Maghreb)

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