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Un flic blanc plutôt sadique qui assassine des Noirs ! Une réalité toujours de mise dans les Etats-Unis d’aujourd’hui est au cœur de l’intrigue de Dare-dare, un roman de Chester Himes (1909-1984), publié initialement en français dans la Série Noire en 1959 (Himes vivait alors à Paris) avant sa diffusion en anglais en 1995 sous le titre Run Man Run.

Témoin d’un double homicide, Jimmy, un jeune étudiant noir, est poursuivi par le meurtrier qui cherche à le réduire au silence. Le sergent Brock, aidé de son beau-frère Matt Walker, mène l’enquête au sein de la population de Harlem. Tout cela sur fond de méfiance et de tensions raciales.

Dans Dare-dare, Chester Himes décrit sans concession la misère sociale d’un Harlem sombre, englué dans la débauche et les trafics et où tout peut arriver sans que la fatalité puisse toujours être invoquée. La cohabitation et la civilité s’effacent rapidement devant la violence et Himes transforme les rues de New York en un carnaval de fureur et de sang. Bien sûr, tous les flics blancs enquêtant dans le district ne sont pas pourris (Good cop / Bad cop) et la justice triomphera.

Cela donne un excellent polar dans lequel le romancier laisse de côté pour un temps les figures familières de Harlem que sont Coffin Ed Johnson et Gravedigger Jones.

« Ecoute, mon lapin, je vais te dire quelque chose. Dans cette ville, tu n’as pas idée à quel point c’’est facile de zigouiller quelqu’un sans se faire prendre. Il suffit de surprendre sa victime dans un coin isolé, n’importe où, de lui tirer une balle dans la peau, de le suriner tranquillement ou de lui défoncer le crâne, et de se tirer. Surtout pour un Blanc, c’est un jeu d’enfant. Une fois que c’est fait, il n’a plus qu’à changer de trottoir. » Chester Himes – Dare-dare © Editions Gallimard 1959

Le lecteur de polar étant curieux de la réalité politique et sociale qui entoure les romans, on rappellera Chassés de la lumière (No name in the street), essai paru en 1972 et réédité en 2015 chez Ypsilon Editeur, dans lequel James Baldwin expliquait sa vision des rapports entre noirs et blancs (mais aussi entre hommes et femmes, ce qu'avait fait brillamment Chester Himes dans La fin d'un primitif en 1956) et de l'incompréhension régnant entre eux. En traitant des maux de l’Amérique des années 60 à travers les errements de son histoire assassinats, émeutes raciales et exaspération des paranoïas les plus profondes Baldwin s’imposait alors comme le porte-parole d’une nouvelle génération militante face à une Amérique blanche s’accrochant à ses privilèges.

Tag(s) : #Romans en anglais, #Etats-Unis

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