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Il n'est pas facile de mener une enquête à Windhoek, la capitale de la Namibie, quand il s’agit de débusquer un tueur qui s’en prend à d’anciens membres du Civil Cooperation Bureau, une unité secrète sud-africaine de contre-insurrection, soupçonnés d'avoir été complices en 1990 de l'assassinat d'Anton Lubowski, un avocat blanc membre de l’organisation pour la libération de la Namibie.

Clemencia Garises, l’inspectrice damara1, héroïne de deux romans de Bernhard Jaumann, dont L'heure du chacal, en sait quelque chose. Déterminée et bien formée aux méthodes modernes de la police, elle doit faire face à la pénurie de matériel et de véhicules, à des collègues aux compétences approximatives et, surtout, à la méfiance des autorités lorsque une série de crimes prétendument crapuleux prend une dimension politique.

Qui plus est,quand on habite Katutura, le township de Windhoek où s’entassent dans des conditions précaires 150 000 personnes, et que l'on doit subvenir aux besoins d'une famille très présente pour ne pas dire envahissante, il n’est pas facile de se rendre rapidement à son travail ou sur une scène de crime. Dans une ville où l’on ne marche guère du fait des distances et de la chaleur, et aussi de l’insécurité grandissante, même pour un flic, il faut compter sur le bon vouloir des taxis, quand il y en a.

« Il était 22 h 27 lorsque l'inspectrice Clemencia Garises fut informée du meurtre sur son téléphone portable.
Lorsqu'elle reçut l'appel, elle se trouvait chez elle, à Katutura, et comme le volume de la télévision était monté au maximum, elle dut hurler dans le téléphone pour qu'on lui envoie une voiture. Son collègue du standard, maussade, lui rappela qu'on était dimanche soir, mais qu'il allait quand même voir ce qu'il pouvait faire. Cela signifiait qu'il ne ferait strictement rien et qu'elle serait bien avisée de se prendre un peu moins au sérieux. » © Le Masque, 2013.

Windhoek, organisée comme peu de villes africaines le sont, est omniprésente dans L'heure du chacal. Du passé colonial allemand, elle a hérité les bâtiments historiques et les églises luthériennes, de l'occupation sud-africaine, la séparation entre les quartiers chics qu'ombragent les jacarandas et le township misérable, source de relations conflictuelles entre communautés.

Animée le jour, Windhoek se vide dès la tombée de la nuit (c'est à dire tôt) quand chacun rentre chez soi, qui derrière la protection toute relative de ses grilles électriques et de ses vigiles, qui dans la poussière de Katutura et le bruit des shebeens, les bars clandestins. Quant à Clemencia, elle se résigne à la vie dans le township, en espérant pouvoir un jour s’installer dans un quartier plus agréable et moins mouvementé. Alors, en attendant, elle fait son travail, et elle le fait bien.

1- La Namibie comprend plusieurs ethnies dont les principales sont les Ovambos, les Hereros, les Namas et les Damaras.

JAUMANN Bernard (2013), L'heure du chacal (Die stunde des Schakals, 2010), Paris, Le masque.

Tag(s) : #Namibie, #Romans en allemand, #Afrique australe

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